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L'égoïsme vertueux. Montaigne et la formation de l'esprit libéral (Thierry Gontier)

Thierry Gontier, L'égoïsme vertueux. Montaigne et la formation de l'esprit libéral, Paris, Les Belles Lettres, 2023.

L’un des rares « hommes de libéralité » dans une « époque de bigoterie » selon Waldo Emerson, « premier homme complètement moderne » selon Leonard Woolf, Montaigne a marqué l’histoire de la pensée libérale.



Certes, les Essais ne sont ni un ouvrage de philosophie politique ni un ouvrage d’économie. Mais la mutation anthropologique et morale qu’ils annoncent aura des effets dans ces deux domaines. Leur valorisation d’une éthique centrée sur l’autonomie et l’expression de soi, leur critique des diverses modalités d’autoritarisme et de domination, la césure, souvent conflictuelle, qu’ils instaurent entre l’homme privé et les offices publics, conduisent à une réévaluation de la fonction et des limites des institutions politiques, faisant, pour reprendre la formule de Tocqueville, d’« une sorte d’égoïsme raffiné et intelligent [...] le pivot sur lequel roule toute la machine ». La définition de cet égoïsme vertueux constitue une réponse aux défis du temps provoqués par la crise de l’humanisme, la découverte d’un nouveau monde, mais aussi des brutalités qui ont accompagné sa conquête, et avant tout la guerre civile engendrée par les conflits confessionnels.



Partant des réflexions de Montaigne sur la relation à soimême et aux autres, Thierry Gontier en analyse les conséquences morales et politiques. Il fait dialoguer les Essais avec quelques-unes des grandes philosophies de notre temps autour du libéralisme (Arendt, Rawls, Habermas, Derrida, Taylor, etc.) pour décrire ces modèles alternatifs de refondation du social que sont l’amitié et la conférence.

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Edmond Jean François Barbier, Chronique de la Régence et du règne de Louis XV. Tome III 1735-1744 - éd. Duranton (Henri), Eljorf (Ghazi), Reynaud (Denis)

Edmond Jean François Barbier, Chronique de la Régence et du règne de Louis XV. Tome III 1735-1744, éd. Duranton (Henri), Eljorf (Ghazi), Reynaud (Denis), Paris, Classiques Garnier, 2023.

Avec sa Chronique de la Régence et du règne de Louis XV, qui embrasse plus d’un demi-siècle (1718-1763), l’avocat parisien Barbier s’est imposé comme un des grands mémorialistes de son temps. Ce texte incontournable mérite d’être lu dans une édition scientifique moderne.

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La Langue arabe dans l'Europe humaniste 1500-1550 (Emilie Picherot)

Emilie Picherot, La Langue arabe dans l'Europe humaniste 1500-1550, Paris, Classiques Garnier, 2023.

La langue arabe n’est pas exclue de l’humanisme renaissant. Les premières grammaires imprimées de l’arabe (celles d’Alcalá et de Postel) prouvent la curiosité linguistique de certains érudits qui, par leurs voyages et leurs discours, font basculer l’arabe de l’Occident espagnol à l’Orient ottoman.

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Corps au temps des Lumières. Les docteurs régents de la Faculté de médecine en l'Université de Paris au XVIIIe siècle (Isabelle Coquillard)

Isabelle Coquillard, Corps au temps des Lumières. Les docteurs régents de la Faculté de médecine en l'Université de Paris au XVIIIe siècle, Paris, Honoré Champion, 2022.

Au XVIIIe siècle, les docteurs régents de la faculté de médecine de Paris bénéficient, avec les médecins en Cour, du privilège de pouvoir pratiquer la médecine dans la capitale. Partageant une même formation médicale donnant accès à la qualité de régent, les docteurs sont les membres d’un corps puissant – la Faculté – dirigé par son doyen. Enseignants, ils investissent les institutions savantes, participent à la circulation et au contrôle des savoirs médicaux.

Soucieux de satisfaire leurs « patients-clients », les docteurs régents prennent position dans le marché thérapeutique avec les autres professionnels de santé et les « charlatans ». Lucratives, leurs activités professionnelles les intègrent dans la bourgeoisie parisienne. La monarchie, soucieuse de l’encadrement sanitaire de ses sujets les mobilise en raison de leur expertise.

En s’appuyant sur des sources variées, cette étude montre que les docteurs régents de la faculté de médecine en l’Université de Paris conjuguent logique corporative et liberté professionnelle pour étendre leurs espaces d’intervention et demeurer au sommet de la hiérarchie des professions de santé.

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Lumières et religion. La transcendance dans le roman : Prévost, Rousseau, Rétif (Nicolas Brucker)

Nicolas Brucker, Lumières et religion. La transcendance dans le roman : Prévost, Rousseau, Rétif, Paris, Honoré Champion, 2022.

Le roman au XVIIIe siècle intègre à sa matière proprement littéraire les questions de théologie ou de métaphysique alors en débat : il se présente comme un moyen de penser ces questions, non pas in abstracto, mais par l’expérience exemplaire des passions, figurée dans le récit et portée par des personnages. Les problèmes classiques, touchant l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme, le salut personnel ou la justification du mal, prennent corps dans des trajectoires singulières ; ils sont portés par le point de vue des acteurs, animés dans des dialogues ou des lettres, inscrits dans l’espace et le temps de la fiction. La notion de transcendance, en ce qu’elle conjugue le lointain et le proche, la verticalité et l’horizontalité, le mouvement et l’arrêt, est l’instrument idéal pour mener l’investigation. Elle jette sur les grands romans de Prévost (Mémoires et aventures, Cleveland, Le Doyen de Killerine), Rousseau (Julie ou la Nouvelle Héloïse) et Rétif de la Bretonne (Le Paysan et la paysanne pervertis) un éclairage neuf, enrichi de tout l’apport de la phénoménologie contemporaine.

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L'homme-objet Expositions anatomiques de la première modernité, entre savoir et spectacle (Myriam MARRACHE-GOURAUD)

Myriam MARRACHE-GOURAUD, L'homme-objet Expositions anatomiques de la première modernité, entre savoir et spectacle, Genève, Droz, 2022.

Homo mirabilis ! En contemplant des fillettes au visage velu, des nains, des géants, des momies, des squelettes, organes, ou calculs pierreux, qui niera que l’humain n’ait sa place parmi les curiosités ? Les « raretés de l’homme » font le bonheur des collectionneurs, pour le plaisir du spectacle ou de l’enquête savante. Entre stupeur et découvertes perplexes, le trouble produit par ces singularités modèle les discours pour négocier la frontière avec l’animalité, la proximité avec la sauvagerie, la question de l’infra-humanité, les porosités entre masculin et féminin, le rapport au passé des géants et la génération incongrue de corps étrangers. Souvent oublié des travaux sur les naturalia, l’homme entendu comme objet de collection méritait une étude des représentations qui croise textes et images. Prise dans le « connais-toi » d’une anthropologie en devenir, la culture écrite et visuelle de la curiosité cherche en effet à penser l’humain en ses formes exceptionnelles dans les premiers « musées de l’homme » des XVIe et XVIIe siècles.

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Cahiers Tristan L’Hermite 2022, n° XLIV "Tristan L'Hermite et Amédée Carriat, une histoire littéraire en Limousin"

Cahiers Tristan L’Hermite, 2022, n° XLIV "Tristan L'Hermite et Amédée Carriat, une histoire littéraire en Limousin".

Revue des Amis de Tristan L’Hermite fondée en 1979, les Cahiers Tristan L’Hermite ont pour vocation d'éclairer l'œuvre du célèbre poète, dramaturge, romancier et prosateur en son temps (1601-1655) et plus largement la culture du premier XVIIe siècle.

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Firmin Abauzit (1679-1767) Production et transmission des savoirs d'un intellectuel au siècle des Lumières (dir. Maria-Cristina Pitassi)

Firmin Abauzit (1679-1767). Production et transmission des savoirs d'un intellectuel au siècle des Lumières, dir. Maria-Cristina Pitassi, Paris, Honoré Champion, 2022.

Savant aux intérêts multiples – historiques, scientifiques et religieux, connu et estimé dans l’Europe du XVIIIe siècle, bien qu’ayant très peu publié de son vivant, Firmin Abauzit reste à beaucoup d’égards un mystère. Comment ce réfugié huguenot, arrivé à Genève encore enfant après la révocation de l’édit de Nantes, a-t-il pu bénéficier d’une réputation flatteuse dans la ville d’accueil alors que ses opinions hétérodoxes sur la trinité ou la christologie ou les prophéties bibliques étaient notoires ? Au-delà des étiquettes faciles, quelle était la nature exacte de son hétérodoxie ? Comment sa légendaire « modestie », qui lui a fait refuser honneurs et charges publiques, se concilie-t-elle avec le fait de laisser copier et circuler abondamment en Europe ses manuscrits ? Quel rapport existe-t-il entre une telle circulation et son refus obstiné d’autoriser la publication de ses travaux ? Comment interpréter, dans son cas, la tension entre réputation et publication ?

À ces questions, souvent escamotées ou abordées dans une visée hagiographique, le volume répond par une réflexion large qui croise l’histoire des religions, de la littérature, de la philosophie et du fait religieux. Une approche qui intègre des aspects peu ou pas du tout étudiés de la vaste production de l’auteur, tels que le rapport entre idolâtrie et religion, ou sa lecture de textes déistes anglais, ou encore ses écrits de controverse confessionnelle, mais qui reprend aussi, en les renouvelant, des thèmes plus classiques, comme la célèbre note de Rousseau sur Abauzit philosophe ou les éditions concurrentes qui ont été publiées peu après la mort du savant.

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Brienne le Jeune, Mémoires Tome I Première rédaction, 1re partie (1682-1684) (éd. J. Delon)

Brienne le Jeune, Mémoires Tome I Première rédaction, 1re partie (1682-1684), éd. J. Delon, Paris, Honoré Champion, 2022.

Cette édition des Mémoires de Brienne le Jeune reproduit intégralement le texte des manuscrits autographes, à la différence de celles de F. Barrière (1828) et de P. Bonnefon (1916-1919) qui n’avaient pas eu accès à tous les originaux, et qui ont pris, en outre, des libertés avec les documents dont ils disposaient. L’œuvre comporte deux rédactions successives, espacées de plus de douze ans. Elle est riche d’enseignements historiques sur la régence d’Anne d’Autriche et le règne de Louis XIV. L’auteur a vécu près de la famille royale et de Mazarin : dès son enfance, comme garçon d’honneur du jeune roi, puis secrétaire d’État, survivancier de son père aux Affaires étrangères. Le présent volume correspond à la 1re partie de la Première rédaction, achevée en 1684, pendant son internement à Saint-Lazare. Elle va de la fin du ministériat de Richelieu au début du règne personnel de Louis XIV.

Brienne écrit cavalièrement, à plume courante, peu soucieux de chronologie, dédaigneux de l’application des écrivains de métier. Cela n’empêche pas qu’il excelle dans les anecdotes, les dialogues, les scènes théâtrales. Il renouvelle, en outre, le genre des Mémoires, en y insérant, pour plus de diversité, des poésies, des lettres, un récit de voyage… Figure incontournable des lettrés de son temps, il a été mêlé à la vie ou à l’œuvre de la plupart d’entre eux.

 

Le tome II des Mémoires de Brienne le Jeune comporte deux ensembles distincts : la 2e partie de la Première rédaction et l’intégralité de la Seconde. Le premier forme une unité à part. Il s’agit de la traduction incomplète de l’Itinéraire européen rédigé en latin plus de vingt ans auparavant (1660-1662). Cette reprise en français qui porte la date de 1683 a été composée en parallèle avec la 1re partie de la Première rédaction (1682-1684).

La Seconde rédaction a été écrite en 1696-1697. L’auteur n’avait pas sous les yeux le manuscrit de la Première : ses papiers confisqués après sa disgrâce ne lui ayant pas été restitués. C’est pourquoi, plutôt que d’aborder d’emblée le règne de Louis XIV, il préfère s’attarder à nouveau sur le ministère du cardinal Mazarin, par crainte que son témoignage antérieur ne soit à jamais perdu. Il a mis à contribution les loisirs de sa retraite à Château-Landon pour satisfaire sa passion d’écriture, pour ressusciter les débuts prestigieux de sa carrière et fustiger les responsables de sa chute.

D’une Rédaction à l’autre, le narrateur est souvent amené à évoquer les mêmes thèmes. Cependant, sa démarche témoigne d’une distanciation par rapport au passé. Elle se traduit par un style plus sobre, plus alerte et plus maîtrisé.

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Henri de Montfaucon de Villars Le comte de Gabalis, ou entretiens sur les sciences secrètes (réédition)

Henri de Montfaucon de Villars, Le comte de Gabalis, ou entretiens sur les sciences secrètes, avec l'adaptation du "Liber de Nymphis" de Paracelse par Blaise de Vigenère (1583), réimpression de l'édition de 2010 en version brochée, présentée et annotée par Didier Kahn - Paris, Honoré Champion, 2022.

Les révélations du Comte de Gabalis stupéfient le narrateur : tout ce qu’on rapportait à l’action des démons n’est, en réalité, que l’effet innocent d’esprits élémentaires, qui peuplent les quatre éléments. Étrange idée de Paracelse, reprise dans un registre parodique savoureux.

Marquant la véritable entrée de Paracelse dans la littérature française, cet ouvrage est résolument dirigé contre les « sciences secrètes » au nom du sens commun. Il s’inscrit ainsi dans le processus de déclin progressif de la magie, de l’astrologie et de l’alchimie en France à partir du troisième tiers du XVIIe siècle. Son optique est aussi de nature résolument libertine : l’ouvrage vise en effet à ruiner la croyance à l’action du Démon.

C’était déjà le programme de l’Apologie des grands hommes accusez de magie de Gabriel Naudé. Mais l’abbé de Villars va employer pour cela une arme plus terrible que l’érudition du bibliothécaire de Mazarin : il recourt au dialogue d’idées tel qu’il a été mis au point par Pascal dans Les Provinciales. Muni de cet art de l’ironie dévastatrice, Montfaucon de Villars, porté par l’essor du cartésianisme, dispose de tous les moyens nécessaires pour transformer la figure théologique du Démon en objet de fantaisie littéraire, parvenant ainsi à peupler la littérature de sylphes, de salamandres, d’ondines et de gnomes tout inoffensifs et à y promouvoir l’image d’un démon impuissant à perpétrer le mal.

Directeur de recherche au CNRS (Cellf 16-18), Didier Kahn a publié Alchimie et paracelsisme en France à la fin de la Renaissance (Droz, 2007), La Messe alchimique attribuée à Melchior de Sibiu (Classiques Garnier, 2015), Le Fixe et le volatil. Chimie et alchimie, de Paracelse à Lavoisier (CNRS Editions, 2016), et (avec Hiro Hirai) Pseudo-Paracelsus. Forgery and Early Modern Alchemy, Medicine and Natural Philosophy (Brill, 2022).

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